
La Vie, la Mort : la fête de la Ste Barbe, tous les bonheurs du monde... et puis aussi les explosions et l' « infarctus du lundi ». En cent quatorze années de présence sur la Côte Vermeille, entre Banyuls-sur-Mer et Port-Vendres, l'usine de Paulilles a tout réuni. Telle une mère qui en donnant la Vie, donne aussi la Mort. Première dynamiterie implantée en France en 1870, Paulilles a permis de vivre à de nombreuses familles. En apportant du travail, tout d'abord ; mais aussi en permettant à ceux qui y vivaient de connaître un confort impensable à l'époque : logement, chauffage, eau courante, école pour les enfants... Et puis... Paulilles ce fut aussi l'industrialisation à grande échelle d'une technique révolutionnaire à la fin des années 1960 : le placage sur métaux. « Paulilles, c'était le Pérou ! » disent certains anciens. Mais Paulilles, ce fut aussi des morts par dizaines. Lors des explosions (on en comptera, selon les sources, huit ou dix), mais aussi à cause de la « matière » qu'on y travaillait : les cœurs, fatigués, lâchaient. Même ceux des plus jeunes. En 1981, la maladie professionnelle due au nitroglycéroglycol y sera d'ailleurs reconnue. Paulilles, enfin, c'est un condensé de l'Histoire, celle avec un grand « H » : les Annamites, ces Indochinois que l'Etat Français puisait dans ses colonnies pour venir travailler ; l'Occupation par les Allemands pendant la Guerre ; et puis, des évocations terribles : les réfugiés espagnols de la Retirada, mais aussi les déportés et les camps de concentration... Toutes ces histoires, toute cette Histoire, plus de soixante-dix personnes, ayant vécu ou travaillé à Paulilles, la racontent dans cet ouvrage. Du directeur aux ouvriers, de l'ingénieur aux écoliers, du comptable au jardinier, de l'institutrice au médecin : tous, aujourd'hui, se souviennent. Et nous livrent la « Mémoire ouvrière de Paulilles ». Emmanuelle Fradet
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