
C’était un très vieux cimetière, abandonné. Il n’y avait plus que quelques pierres survivant, comme si les tombes mouraient également. Or les tombes qui meurent ainsi, à leur tour, au-dessus des morts, c’est de la tristesse encore plus triste. C’est comme des larmes délayées dans de la pluie.
Çà et là, parmi l’herbe compacte, quelques dalles funéraires avaient réchappé. Mais si usées, si âgées ! Elles avaient perdu leur inscription, telles des aïeules perdent la mémoire.
Il y en avait trois surtout, assez voisines. Elles étaient tout à fait pareilles. Il semblait qu’elles furent faites pour trois sœurs.
Mais l’une cédait déjà, chavirait presque dans le gazon.
Les deux autres pierres demeuraient fixes et droites, l’air d’être chacune le battant d’une porte qui n’ouvrait pas encore sur le néant total, sur un cadavre tout à fait désagrégé.
La pierre chancelante, au contraire, semblait indiquer une fin plus définitive et que le mort s’était tout restitué à la terre qui, en effet, se bossuait à cette place, s’était gonflée, comme accrue du volume exact d’un corps et enrichie par la décomposition nourricière.
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